Le mode tendu
Le français se caractérise par une exceptionnelle tension musculaire pendant la phonation. Cette grande dépense d'énergie, à la fois généralisée, soutenue et progressive, pour tendre les muscles articulateurs est cependant toute intérieure et nullement visible par l'interlocuteur. Mais il en résulte une certaine constance dans les états articulatoires et une stabilité du timbre des sons au cours de l'articulation marquée :
- dans les voyelles, par moins de diphtongaison
- dans les consonnes, par moins d'affrication
- dans les transitions d'un son à un autre, par moins de diffusion
- dans l'intonation, par moins de glissement
- dans le rythme, par moins d'inégalité de syllabe à syllabe
- dans l'accent, par la subjugation des effets d'intensité et l'indépendance des effets de durée
Ainsi :
- En
français moderne, il n'y a ni diphtongues ni voyelles diphtonguées:
contrairement à l'anglais où les séquences articulatoires,
rythmiques et intonatives sont fluctuantes, les
voyelles françaises ont un timbre infiniment moins changeant
que les
voyelles anglaises. On s'en rend compte par des comparaisons du genre:
c'est chaud

et say, show 
.
(pour mieux entendre la diphtongue au ralenti, cliquez ici
)
Présentes au Moyen Âge, c'est au 13ième siècle que les diphtongues on commencé à disparaître pour se réduire, sous l'effet de la tension musculaire, à une voyelle simple. - Le français n'a pas de consonnes
affriquées comme dans l'anglais church,
judge. À l'instar des diphtongues, la tension les a progressivement
éliminées de la langue au cours de la deuxième moitié
du Moyen Âge. Si les occlusives ne s'affriquent pas en français
moderne, c'est que la séparation des organes en contact se fait
bien plus vivement qu'en anglais. Comparez tu tires prononcé
par un Français:[ty tir]
et prononcé par un Anglais: [tsy tsir]
.
- La stabilité des articulations
vocaliques, due à la tension musculaire soutenue, se manifeste
autant dans les syllabes accentuées qu'inaccentuées. D'où
le rythme très particulier du français produit par la presque
égalité des syllabes qui se succèdent
.
Pas une syllabe notablement plus forte que l'autre, à moins d'accent
d'insistance. C'est là peut-être que le français s'oppose
le plus radicalement à l'anglais, qui base son rythme sur l'inégalité
de ses syllabes et sur le groupement de syllabes faibles autour de syllabes
fortes
- L' accent en français
porte sur la dernière syllabe du mot ou du groupe de mots
, contrairement à l'anglais
qui
n'a pas d'accent fixe . De plus, l'accent français se caractérise
non pas par une intensité plus forte, mais plutôt par un
allongement de la durée sur la syllabe accentuée. - Enfin, la tension permet de donner
aux syllabes françaises une intonation relativement "plate",
avec des montées ou descentes mélodiques droites,
,
et non pas un glissement vers le grave ou l'aiguë comparable aux
"glides" de l'anglais
.
( pour mieux entendre le glissement mélodique au ralenti
cliquez ici
)