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                                       Madame de Sévigné Catherine de Vivonne,
marquise de Rambouillet
(1588-1665).
____________

Madeleine de Scudéry

Le XVIIe siècle
(pour cliquez sur 991219.ram)

TABLE DES MATIÈRES
1. François de Malherbe
2.
l'Académie
3.
les Précieuses
4.
après 1660
5.
résumé des apports du siècle
6.
et pourtant (facteurs conservateurs)

François de Malherbe :
cherche à réduire les «excès» du vocabulaire (mots et expressions) issu du bouillonnement de la Renaissance :
archaïsmes, néologismes et emprunts peu usités donc peu compris
mots dialectaux
termes techniques utilisés hors leur contexte spécifique, p.ex.,
-- «ulcère, entamer sont des termes de médecine, idéal est un mot d'école [du domaine philosophique] "et qui ne se doit point dire en choses d'amour"» (Wartburg, p.170)
les mots et expressions trop populaires, donc, d'une audience trop limitée (et vulgaire)
s'attaque à la polysémie quand l'ambiguïté est possible, p.ex.,
-- autrefois (comme tantôt maintenant au Québec) avait deux sens : à un moment dans le passé / à un moment dans l'avenir. Malherbe ne retient que le premier.

Sa tâche sera reprise par l'Académie et les salons et ruelles des Précieuses qui regroupent souvent les mêmes personnes

Claude Favre de Vaugelas

et surtout les mêmes types de sensibilités lexicales : «C’est la même exigence qui conduit à la création de l’Académie française en 1635. Selon les termes de Marc Fumaroli, Richelieu a fondé l’Académie pour « donner à l’unité du royaume forgée par la politique une langue et un style qui la symbolisent et la cimentent ». Ainsi, l’article XXIV des statuts précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences http://www.academie-francaise.fr/langue/index.html .

traces écrites : le vocabulaire de la littérature et des honnêtes hommes / mais aussi des textes burlesques, satiriques qui jouent sur plusieurs niveaux de langue et pas seulement celui de l'aristocratie et des cercles qu'ils daignaient honorer de leur présence

critère de la sensibilité des beaux esprits :
Alors que l'on invoque la raison «cartésienne» en parlant du travail de l'Académie, en fait, comme le souligne Henriette Walter (Le Français dans tous les sens. Livre de Poche no 14001, 1998. pp.108 ss), le Dictionnaire qui doit contenir tout mot français correctement écrit avec sa définition, ne présente que le bel usage l'usage des nobles, lettrés et écrivains qui fréquentent la Cour et les Précieuses. Claude Favre de Vaugelas, qui identifie bon usage et bel usage est chargé de diriger la rédaction du Dictionnaire.
Les jugements sont tout aussi péremptoires hors de l'Académie : Gilles Ménage (écrivain, homme de lettres, maître des Précieuses) décide, en 1650, à propos du mot urbanité que Guez de Balzac vient d'inventer, que c'est bien un mot français, mais qu'il ne faut pas le considérer comme un mot de tous les jours : on ne peut donc s'en servir que deux ou trois fois par mois. » (Walter, p.109)
Là où l'usage hésite, l'Académie tranche :
«On décide finalement qu'il faudra dire asperge et non asparge, guérir et non guarir ; en revanche, on dira hargneux et non hergneux, marquer et non merquer» parce que, selon Vaugelas, «e est plus doux que a, mais il n'en faut pas abuser.» (Walter, p.110)
Or, les Précieuses, ainsi qu'en témoigne le Dictionnaire des Prétieuses consacrent leur vie à transformer la langue de sorte qu'elle soit
--purifiée de tout mot commun (populaire), technique ou violent
--et réglée suivant l'écriture de ceux qui châtie leur langue dans selon ces critères, en particulier Corneille, mais aussi Madeleine de Scudéry (et son frère Georges) et Madame de Sévigné.
On fait la chasse aux :
--«archaïsmes» : sont exclus du Dictionnaire (Wartburg, p.177) plusieurs centaines de mots perçus comme «vieux», p.ex., cuider / penser, guerdon, ost ; parmi ceux exclus, mais retenus par la langue : angoisse, ardu, bénin, condoléance, immense.
--mots «bas» : (Wartburg, p.177) le vocabulaire réaliste : panse, charogne, cadavre, vomir ; même le mot face inutilisable depuis qu'un bel esprit a appelé une certaine partie du corps la face du grand Turc ; poitrine peut se dire dans poitrine de veau, remplacée par estomac.

On cherche :
--à préciser le sens des mots (Wartburg, p.178) : établir la force relative de quasi-synonymes, p.ex., taché et souillé, sommeiller et dormir.
--Ou si aucune différence n'est perceptible, Vaugelas décide que «auparavant que n’est pas du bel usage, devant que est très usuel, mais avant que est plus de la Cour» (Wartburg, p.179) avant la fin du XVIIe siècle, les deux premiers avaient disparu.

Après 1660 : (Wartburg, pp.183-189)

l’accord des grammairiens (surtout l’Académie) remplace l’usage comme critère du mot acceptable, p.ex., Bossuet dit à l’Académie : «Vous êtes un conseil réglé et perpétuel dont le crédit, établi sur l’approbation publique, peut réprimer les bizarreries de l’usage et tempérer les dérèglements de cet empire très populaire».

poursuite de la réduction de la langue littéraire, p.ex., (pp.184-185) interdiction de âne, vache, veau, cochon jugés trop bas

distinction très nette entre de multiples couches sociales (beaucoup plus qu’au seizième) chacune se distinguant par des termes qui lui sont particulières. En fait, dans l’ensemble, la langue du XVIIe n’est pas beaucoup moins riche que celle du XVIe. (p.185)

Mais seul le vocabulaire utilisé dans les cercles aristocratiques, qui écrivent peu, compte (en principe) pour la littérature. Or, Molière est un observateur et un chroniqueur de la langue ayant cours dans les milieux de tous ses personnages.

RÉSULTATS DES CHANGEMENTS AU XVIIe SIÈCLE (pp.187-188) :
en construisant et en singularisant le vocabulaire de l’honnête homme, le XVIIe siècle produit une plus grande précision dans la description du monde moral, sentimental, passionnel
Ses qualités principales : la clarté, la précision, l'élégance. Ce qui entraîne un large rayonnement du français en Europe.

La prononciation française est normée : hors norme on passe pour un inférieur.
On fixe la prononciation o / ou, p.ex., proufit / profit, couronne / coronne, coulonne / colonne, fourmage - froumage - fromage.
Dénasalisation des voyelles devant des consonnes nasales sauf à la protonique (la syllabe qui précède l'accent tonique) comme dans année, grammaire.
Dans la petite bourgeoisie parisienne, -ll- commence à se prononcer y, p.ex., fille, mais cette prononciation ne sera acceptée que tard au XIXe siècle.

ET POURTANT
Dès que l'on sort des provinces qui jouxtent (qui sont à côté de) l'Ile de France, les patois règnent en maître chez tous les habitants qui n'ont pas de lien avec l'administration centrale. Par exemple, comme le raconte Henriette Walter (Le Français..., p.112-114)
en 1661, Racine raconte à La Fontaine dans une lettre (orthographe modernisée) :
«J'avais commencé dès Lyon à ne plus guère entendre le langage du pays, et à ne plus être intelligible moi-même. Ce malheur s'accrut à Valence, et Dieu voulut qu'ayant demandé à une servante un pot de chambre, elle mit un réchaud sous mon lit. Vous pouvez imaginer les suites de cette maudite aventure, et ce qui peut arriver à un homme qui se sert d'un réchaud dans ses nécessités de nuit.»
La Fontaine, vers 1660, écrit :
«Comme Bellac n'est éloigné de Limoges que d'une petite journée, nous eûmes tout le loisir de nous égarer, de quoi nous nous acquittâmes fort bien et en gens qui ne connaissaient ni la langue, ni le pays.»
la diversité des patois est une des raisons fondamentales de la francisation de la langue des colons en Nouvelle-France.

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